Les lésions labiales sont un motif de préoccupation fréquent. Elles peuvent provoquer de l’inconfort, une gêne parfois importante, et sont souvent source de perplexité. Il arrive à beaucoup de personnes, un jour ou l’autre, de constater l’apparition d’une plaie, d’une bosse ou d’une vésicule sur les lèvres. Pourtant, derrière ce symptôme commun, les origines sont multiples : certaines lésions sont dues à des infections virales telles que l’herpès, d’autres résultent d’une irritation, d’une réaction allergique ou relèvent d’un trouble médical sous-jacent. Distinguer la cause de la lésion est essentiel pour adopter le bon traitement… et retrouver l’esprit tranquille.
Dans cet article, nous passerons en revue les lésions labiales les plus fréquentes, identifierons les signes évoquant une infection virale, vous indiquerons quand il convient de consulter un dermatologue, puis détaillerons les examens pratiqués et les traitements disponibles. À la lecture, vous saurez mieux quoi faire si une lésion apparaît sur vos lèvres, et reconnaîtrez les situations nécessitant l’avis d’un professionnel de santé.
Comprendre les différentes lésions labiales
Les lésions sur les lèvres présentent des formes très variées, et toute anomalie n’est pas forcément un bouton de fièvre. Voici les causes les plus courantes :
- Boutons de fièvre (herpès labial) : ils sont causés par le virus de l’herpès simplex (HSV-1, ou plus rarement HSV-2) et se manifestent typiquement par des groupes de petites vésicules remplies de liquide, situées sur ou autour des lèvres. Ces lésions sont généralement douloureuses et, après rupture, laissent une croûte avant de guérir.
- Aphtes (ulcères aphteux) : ce sont de petites ulcérations rondes ou ovales qui apparaissent à l’intérieur de la bouche ou sur la face interne des lèvres (jamais sur la surface externe). Non contagieux, ils sont généralement blancs ou jaunâtres avec un liseré rouge.
- Chéilite angulaire : cette inflammation accompagnée de fissures se situe aux commissures des lèvres. Elle fait souvent suite à des infections fongiques ou bactériennes, à une irritation ou encore à une carence nutritionnelle.
- Réactions allergiques : un gonflement, une rougeur ou des cloques peuvent survenir après contact avec certains allergènes (aliments, rouge à lèvres, produits dentaires, etc.).
- Ulcères traumatiques : une morsure accidentelle, une brûlure due à la chaleur ou une blessure peuvent provoquer des plaies passagères sur les lèvres.
- Mucocèles : ces kystes indolores et remplis de liquide apparaissent quand un canal salivaire est bouché, souvent après un petit traumatisme.
- Autres causes : plus rarement, les lésions labiales sont liées à des maladies auto-immunes, des affections dermatologiques (comme le lichen plan) ou, dans de rares cas, à des lésions précancéreuses ou cancéreuses.
La peau des lèvres étant exposée et très sensible, même des lésions bénignes paraissent parfois alarmantes. Savoir reconnaître les caractéristiques de chaque type de lésion peut aider à effectuer une première évaluation rassurante.
Reconnaître les signes d’une infection virale
La plupart des lésions des lèvres ne sont pas contagieuses, mais les boutons de fièvre (herpès labial) le sont, car ils sont provoqués par un virus. Voici les signes évocateurs d’une infection virale :
- Picotements ou sensation de brûlure : les boutons de fièvre commencent souvent par une sensation de picotement, de démangeaison ou de chaleur autour de la lèvre, avant l’apparition de toute lésion visible. Cette phase initiale (dite « prodromique ») dure généralement de quelques heures à une journée.
- Cloques groupées : l’aspect typique est un amas de petites cloques claires, remplies de liquide, souvent situées au bord de la lèvre. Plusieurs cloques peuvent fusionner pour former une plus grande lésion.
- Douleur et sensibilité : les vésicules sont habituellement douloureuses, surtout au toucher ou en contact avec des aliments acides.
- Formation d’une croûte et cicatrisation : après la rupture des cloques, un petit ulcère apparaît, recouvert ensuite d’une croûte. La guérison se fait en général en 1 à 2 semaines.
- Récurrences : les boutons de fièvre ont tendance à réapparaître au même endroit, notamment en période de stress, de maladie, d’exposition au soleil ou de variations hormonales.
- Symptômes associés : lors du premier épisode, certains présentent une légère fièvre, une augmentation de volume des ganglions ou une sensation de malaise général.
D’autres virus, comme le coxsackievirus (syndrome main-pied-bouche) ou le virus varicelle-zona, peuvent aussi toucher les lèvres, mais ils sont moins fréquents et présentent des signes caractéristiques spécifiques.
Quand consulter un dermatologue ?
La majorité des lésions labiales guérissent seules, mais une évaluation médicale s’impose dans ces situations :
- Lésion persistante plus de deux semaines : toute plaie qui ne cicatrise pas en deux semaines doit être examinée, afin d’écarter une cause grave.
- Récidives fréquentes ou lésions sévères : plus de cinq « poussées » d’herpès par an, ou bien des lésions très douloureuses, nécessitent souvent des traitements ou bilans spécifiques.
- Apparence inhabituelle : une lésion particulièrement grande, de contour irrégulier, saignant ou située à un endroit inhabituel (intérieur de la bouche, gencives…), mérite un avis spécialisé.
- Symptômes généraux : fièvre, gêne à la déglutition, éruption cutanée étendue ou extension rapide de la lésion sont autant de raisons de consulter rapidement.
- Immunodépression : en cas de maladie ou traitement affaiblissant le système immunitaire (médicaments, VIH, chimiothérapie…), toute lésion labiale doit faire l’objet d’un examen précoce.
- Suspicion de cancer : dans de rares cas, une lésion atypique ou qui ne guérit pas peut être un signe de cancer, surtout chez les personnes exposées au soleil ou fumeuses.
En cas de doute, mieux vaut demander conseil à un professionnel. Une prise en charge précoce garantit non seulement un traitement adapté, mais aussi l’exclusion d’un problème grave.
Quels examens peuvent être nécessaires ?
Le diagnostic repose souvent sur l’examen clinique et les antécédents. Toutefois, dans certains cas, des explorations complémentaires sont envisagées :
- Prélèvement viral : en cas de suspicion d’herpès, un échantillon de liquide vésiculeux peut être analysé en laboratoire (PCR ou culture) pour rechercher la présence du HSV.
- Analyses sanguines : elles peuvent être prescrites pour rechercher des anticorps contre l’herpès ou d’autres virus, en cas de diagnostic incertain ou de récidives fréquentes.
- Biopsie : face à une lésion persistante ou suspecte, un petit fragment de tissu est parfois prélevé pour examen afin d’écarter un cancer ou une affection rare.
- Test épicutané (patch-test) : il permet d’identifier une allergie de contact en cas de doute sur l’implication d’un allergène.
- Autres prélèvements ou cultures : en cas de suspicion d’infection bactérienne ou fongique (notamment dans la chéilite angulaire), un prélèvement peut orienter le traitement.
Ces tests dépendent de la présentation clinique et des antécédents. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas nécessaires.
Les traitements habituellement proposés
Le choix du traitement dépend toujours de la cause de la lésion. Voici les mesures les plus fréquemment mises en place :
- Boutons de fièvre : des crèmes ou comprimés antiviraux (acyclovir, valacyclovir…) accélèrent la guérison et, en cas de récidives fréquentes, sont parfois proposés en prévention. Il est essentiel de garder la zone propre et d’éviter de toucher ou d’arracher les croûtes.
- Aphtes : la plupart disparaissent spontanément, mais des gels, bains de bouche ou antalgiques locaux peuvent calmer la douleur.
- Chéilite angulaire : le traitement ciblé (crème antifongique ou antibiotique, supplémentation nutritionnelle) dépend de la cause.
- Réactions allergiques : il est primordial d’identifier et d’éviter l’allergène en cause. Des crèmes corticoïdes légères ou des antihistaminiques peuvent être prescrits.
- Ulcères traumatiques : ils régressent généralement seuls. L’application d’une pommade apaisante accélère la cicatrisation.
- Mucocèles : les petites peuvent disparaître d’elles-mêmes, mais les plus grosses ou persistantes nécessitent parfois une excision chirurgicale.
- Lésions cancéreuses : si la biopsie confirme le diagnostic, la prise en charge est multidisciplinaire (chirurgie, radiothérapie, etc.).
Rappelons que certains remèdes maison ou produits en vente libre suffisent à soulager les lésions mineures, mais les lésions persistantes, récidivantes ou atypiques doivent toujours donner lieu à une consultation. L’autodiagnostic peut, en effet, retarder une prise en charge adaptée.
Les médecins insistent également sur l’importance des mesures préventives : protéger ses lèvres du soleil, gérer son stress et adopter une bonne hygiène bucco-dentaire permettent de limiter la survenue de nouvelles lésions. En cas de fragilité immunitaire, une prévention renforcée s’impose.
Si une lésion de la lèvre évolue, change d’aspect ou vous inquiète, connaître les signes d’alerte du cancer cutané des lèvres et du visage vous aidera à savoir quand consulter sans délai.
Les lésions labiales sont fréquentes et leurs causes variées, de la simple irritation à l’infection virale, voire, plus rarement, à une pathologie plus sévère. Savoir reconnaître la nature de la lésion et connaître les situations justifiant une consultation permet de bénéficier du traitement adéquat, sans inquiétude inutile. Si vous avez le moindre doute ou si la lésion ne guérit pas comme prévu, mieux vaut solliciter l’avis d’un professionnel de santé.
